“Bienvenue à toi, jeune fille ! Il est précieux de te compter parmi nous.” Cette phrase mise en exergue donne le ton de la nouvelle édition de Le fil rouge. Une vision positive des règles inspirée de la sagesse amérindienne, nous aimons la texture satinée du livre, ce rouge qui réchauffe, l’écrit poétique traduit et adapté de l’anglais par Blandine Swyngedauw, sans mièvrerie ni ésotérisme, les dessins de Nanouk… Emballé avec soin (jusqu’au petit bout de scotch décoré), nous ne pouvons que vous le recommander pour vos filles, vos nièces… et pourquoi pas pour vous-mêmes ? A l’occasion, nous publions ici notre article “Premières règles : et si on fêtait ça ?” Bonne lecture !

Mélanie se souvient du moment où elle a annoncé à sa mère d’une voix fébrile du petit matin qu’elle avait ses règles pour la première fois. Cette dernière lui a passé un paquet de serviettes hygiéniques, les grosses des années 1980, et s’est recouchée. Aucune parole n’a accompagné ce moment si attendu par la jeune fille, ni ce jour, ni jamais. A 13 ans, Mélanie devenait une jeune femme, et elle s’est sentie seule.

Combien de femmes le disent : les règles, ma mère ne m’en parlait pas, ou bien c’était pour évoquer la douleur, l’inconvenance ou le risque de tomber enceinte car « maintenant, il faut faire attention aux garçons, ma fille ». Un sujet tabou jusqu’à en inventer des centaines d’euphémismes à travers le monde d’après une enquête menée par « Clue », une application de suivi des règles, et par la Coalition internationale pour la Santé des femmes (1). Les « ragnagnas », la « semaine ketchup » ou « les équerres », dit-on en France. en Suède, c’est la « semaine des airelles », et celle des fraises en Allemagne. De nombreuses superstitions anciennes ont contribué à l’image négative des règles : le regard de la femme pendant ses menstruations tuait les fleurs, pourrissait les fruits ou gâtait la météo(2).

Une journée mères-filles 
Des initiatives récentes laissent entrevoir la fin de ce tabou et une vision positive des règles. ainsi, un dimanche entier, dans une petite salle à Lyon, une dizaine de mères participent à l’atelier “CycloShow” (3) avec leurs filles âgées de 10 à 14 ans. L’objectif : parler  ouvertement des règles par l’intermédiaire d’une animatrice qui suit un protocole informatif et ludique conçu en 1999 par Elisabeth Raith-Paula, médecin allemand. Mères et filles s’installent en demi-cercle devant un ensemble de tissus colorés posés au sol. on reconnaît la forme de l’utérus, des trompes utérines, les ovaires que les jeunes filles vont apprivoiser et les mères redécouvrir. Tout est surdimensionné, comme au théâtre. Par le biais de cette mise en scène l’animatrice, avec des mots vrais et beaucoup d’humour,  fait découvrir aux jeunes filles tout ce qui se passe pendant le cycle de la femme, dans l’espoir de leur donner une vision positive des règles. Les rôles sont distribués. L’utérus devient une maison, le col de l’utérus, le « portail de la vie », la glaire, la « potion magique », les œstrogènes sont des « copines » qui construisent la muqueuse utérine et font pousser les seins des jeunes filles. De la préparation de cette “maison” à la fécondation sur fond de “We are the champions”, le “CycloShow” amène à s’émerveiller sur le corps de la femme, de l’homme et pour la nature, généreuse. La femme vit dans sa vie en moyenne 400 cycles ! « La jeune fille sera toujours inquiète à l’arrivée de ses règles, affirme Angélique Foucault, animatrice “CycloShow”, mais si le sujet a été abordé avec sa mère en amont, elle aura une attitude positive par rapport à ce qui lui arrive, et des mots pour en reparler, en confiance. » Les mères aussi se sentent mieux préparées à accompagner leur fille. “CycloShow” sert même de lieu de réparation pour certaines : « J’ai beaucoup appris sur moi », « Je ne vivrai plus mes règles de la même manière » sont parmi les réactions récurrentes. Alice, médecin, venue avec sa fille de 10 ans, s’étonne : « Jamais pendant mes études on n’avait abordé le corps de la femme de cette manière, avec poésie. » Le « CycloShow » répondrait-il à un besoin de créer un rituel autour de l’arrivée des règles ?

Créer du rituel

Blandine Swyngedauw a traduit le livre Le Fil rouge, manuel de tes premières lunes de DeAnna L’Am (et en est aujourd’hui l’éditrice). Elle anime en parallèle des cercles de femmes dans la tradition amérindienne à Paris. Même si cette approche semble loin de notre culture occidentale, Blandine Swyngedauw y trouve un moyen de redonner aux règles leur caractère spirituel et sacré comme dans les sociétés indigènes qui honoraient les femmes pour leur capacité à donner la vie. « Telle une naissance, l’arrivée des règles laisse une empreinte chez la jeune fille, explique Blandine. L’accompagner à ce moment, lui faire sentir qu’elle est accueillie dans la communauté des femmes, l’aide à accepter sa féminité et tous les changements qu’elle va vivre dans son corps. »

D’autres gestes simples au sein de la famille peuvent aussi aider la jeune fille à bien vivre ses premières règles. « Mon père avait offert un bouquet de fleurs à ma soeur ce jour là, se rappelle Francis, 49 ans. C’était un vrai jour de fête ! » Ce signe dit tout simplement à la jeune fille qu’elle devient une femme, et qu’elle peut en être fière. n’est-ce pas une attitude essentielle à son épanouissement qui pourra aussi améliorer le regard que porte la société envers elle ?

Seule une infime partie de nos articles sont repris sur le site. Pour n’en manquer aucun, une solution : l’abonnement au magazine imprimé ! 

Que se passe-t-il dans mon corps ?
Er Elisabeth Raith-Paula, ed. Favre, 2012
Lorsqu’Elisabeth Raith-Paula écrit ce livre il y a vingt ans pour aider les mères à aborder le sujet des règles avec leurs filles, on lui demande d’intervenir directement auprès de celles-ci dans les collèges bavarois. elle crée le « cycloshow » et reçoit pour cette innovation le prix bavarois pour la prévention et la promotion de la santé. ce livre s’adresse aux jeunes filles à partir de 10 ans, aux parents et aux éducateurs. il reprend et développe les éléments factuels présentés pendant le « cycloshow » et aborde également  les différentes formes de contraception.

Le fil rouge, manuel de tes premières règles
DeAnna L’am, illustrations de Nanouk, ed. www.lunafemina.com
Ce petit livre joliment illustré tutoie les jeunes lectrices en répondant à leurs nombreuses questions pratiques sur les règles telle que « est-ce que j’aurai mal ? », « combien de sang vais-je perdre ? ». il explique aussi qu’ « être femme, c’est être dans un flux permanent avec des changements d’émotions, d’humeurs et de sentiments » et que les « temps des lunes » marquent un temps de pause pour accueillir des idées nouvelles et exprimer sa créativité. l’auteure américaine DeAnna L’am anime des ateliers « devenir femme » pour les jeunes filles et les femmes dans le monde entier depuis vingt ans.

Monthlies de Diana Fabianova, slovaquie, 2016
http://www.monthliesmovie.com/v1/fr/
Un film de 28 minutes qui explore avec humour et sensibilité le cycle féminin à travers les propos de jeunes filles âgées de 11 et 16 ans et la narration d’une gynécologue. le film est enrichi avec des animations montrant les processus physiologiques du cycle menstruel ainsi que des superstitions diverses liées à la menstruation. A voir avec sa fille ou même en famille.


Cet article fait partie du numéro 182 (→ Acheter)
Seuls quelques articles sont repris sur le site. Pour n’en manquer aucun,
abonnez-vous au magazine imprimé !