Rares sont les enfants qui ne rencontrent au moins une fois la petite bête qui monte… Les poux sont présents dans tous les milieux sociaux et nous sommes nombreux à dépenser une petite fortune pour des produits plus ou moins efficaces, dangereux pour nos enfants et pour l’environnement. Et si l’épouillage rentrait dans l’hygiène familiale courante et que nos enfants se réjouissaient, comme Mozart, à l’idée de passer un moment intime avec son parent ?

Une lectrice fidèle, Katia Peyre, est retombée récemment sur l’article suivant, publié dans L’Enfant et la vie en 2009. En cette période de rentrée, après une très légère mise à jour, nous pensons qu’il pourra vous être utile… Comme quoi, L’Enfant et la vie, ça se garde !

Les poux sont de retour…

“Les poux sont de retour”… rien qu’à lire ce petit billet fatal dans le cahier que vous rapporte votre enfant et vous commencez à vous gratter la tête. Vous n’avez plus qu’un seul but : les éliminer. Pas si facile… la bestiole est résistante. Ni vinaigre, ni lavande ne les tuent. Tous les ans, on voit apparaître sur le marché LE produit efficace avec tout son attirail de lotions, de sprays.

Jeune mère de famille, la première fois, je les ai tous essayés : les poux grouillaient sur les têtes de mes filles, et m’ont infestée moi aussi. C’était la première fois que j’en voyais. J’étais horrifiée et remplie de honte. A la pharmacie (une très grande où je ne risquais pas de croiser de connaissance), je balbutie derrière le comptoir : « Mes filles ont des poux ». Pas question d’avouer ma situation personnelle. On me propose une panoplie d’insecticides, qui sentent si fort qu’on se demande si le cuir chevelu ne va pas partir avec. D’autres flacons comportent des composants moins méchants tel le Diméticone, qui étouffe les poux mais qui est néanmoins inflammable et pas biodégradable ! Il faut tel peigne, tel shampooing et surtout, traiter TOUTE la famille et TOUTE la maison.

Ça m’a semblé extrême, et très cher, pour des petites bêtes… Ça ne devait pas être si compliqué de les éradiquer. J’ai choisi les produits les moins méchants. J’ai même acheté un peigne électrique parce qu’une copine m’avait dit que…. Rien à faire. Pour l’une de mes filles, la guerre des poux a duré six mois. Les poux m’opprimaient et ma fille n’en pouvait plus. Impossible de lui faire un câlin sans m’éloigner la tête et passer le bout de mes doigts pour inspecter son cuir chevelu. Et je vivais très douloureusement le regard des autres, qui me renvoyaient l’image d’une famille sale !

Les poux, une affaire politique !

Après des semaines éprouvantes, j’ai découvert qu’en Angleterre, l’élimination des poux fait partie du programme national de santé publique. La Community Hygiene Concern (CHC), organisme à but non-lucratif, est présent dans les écoles et auprès des parents pour expliquer, dédramatiser et proposer deux moyens de lutte.

Premièrement, un dépistage régulier, dans les écoles, crèches, etc. Puisque les poux se promènent de tête en tête, sans sauter, et qu’ils prolifèrent dans des collectivités, le personnel médical de l’établissement regarde la tête des enfants et constate la présence ou non des poux. Les parents sont alors informés et invités à agir. Cela m’a rappelé mon enfance au Canada : “Madame Pou” passait dans les classes et inspectait toutes les têtes. Aucun d’entre nous ne se sentait stigmatisé, on était tous à la même enseigne.

Deuxièmement, ils préconisent des peignes spécifiques, appelés “Bug Buster“. Avec un peu de démêlant et en suivant un mode d’emploi assez rigoureux qui prend en compte la physiologie du pou (enfin !), on arrive à tout éliminer au bout de quinze jours en peignant son enfant tous les quatre jours avec deux peignes différents. Ceci afin d’attraper l’insecte avant qu’il soit en âge de se reproduire, ainsi que toutes les lentes.

La lutte mécanique !

Forte de ces informations, je me suis empressée de me procurer ce peigne, d’abandonner tous les traitements chimiques, et de me pencher sur la tête de mes filles avec mes armes mécaniques : yeux, doigts, peignes. Je ne me sentais plus à la merci de ces insectes, j’avais l’impression de maîtriser davantage nos envahisseurs. Finalement, ces séances d’épouillage étaient de bons moments avec mes enfants. Une de mes amies me conseille l’huile (peu importe laquelle) : alors que les poux résistent en milieu aquatique, ils s’asphyxieraient dans un corps gras. Elle enduit largement les chevelures d’huile, coiffe ses enfants d’un bonnet de bain en plastique pendant une trentaine de minutes, puis passe le peigne. Seule difficulté : faire partir l’huile… on a les cheveux gras durant plusieurs jours !

En France, la vision sociétale de la lutte contre ce parasite est malheureusement trop peu partagée. Au moment où cet article a été écrit, il y a dix ans, la ville de Tours avait fait le choix du dépistage et réduit leur taux de pédiculose de 22% à 3%. A l’Université de Tours, une équipe de recherche travaille avec des services éducatifs. L’association parisienne, Parents pour les Parents – Hygiène, Santé, Environnement, présidée par Duccia Farnetani, s’était mobilisée pour sensibiliser les écoles et promouvoir ces mêmes peignes. Il faudrait que ça se généralise à l’échelle nationale. Car à la rédaction, nous avons pu constater que nos relations allemandes, britanniques et canadiennes sont toujours effarées que nos enfants attrapent des poux à l’école : “Quoi ? Ça existe encore ?”… pour eux, c’est un retour à la Seconde Guerre mondiale !

N’est-il pas l’heure de retrouver une certaine sérénité face aux poux ? Après tout, ce n’est pas la petite bête qui va manger la grosse !

« Planète poux », film documentaire de 52 min. Mona Lisa Production. En voici un extrait : https://www.youtube.com/watch?v=4hKTMSDYQA8


Cet article fait partie du numéro 160 (→ Acheter)
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