En milieu naturel comme en milieu artificiel, l’eau peut prendre par surprise. La noyade est la première cause de mortalité chez les moins de 15 ans, provoquant 500 décès chaque été, tous sites confondus. Si la surveillance des adultes est indispensable, les enfants, même très jeunes, peuvent aussi œuvrer pour leur propre sécurité.

La sécurité active

Frédéric Delay-Goyet, Conseiller Pédagogique en EPS, Circonscription de Meyzieu-Décines (69), prône les principes de la Sécurité Active. « La « sécurité active », c’est créer les conditions de l’autonomie, apprendre aux enfants à se connaître, à anticiper et devenir acteurs de leur sécurité. Lors des séances de natation scolaire, notamment avec les élèves d’école primaire et maternelle, Enfant acteur de sa sécurité dans l'eaunous cherchons à amener l’enfant à connaître ses capacités, à maîtriser les règles et prendre conscience des dangers, pour qu’il puisse évoluer dans l’eau en toute sécurité. L’apprentissage se fait progressivement, dans le bassin et à l’école. En classe, à travers croquis, images, l’enfant appréhende le lieu et ses dispositifs. Avec son enseignant, il repère les parcours, les consignes, les règles. Puis il choisit ce qu’il pense pouvoir faire. A l’issue des séances, il parle de ce qu’il a atteint, constate ses progrès, exprime ses émotions. Avec l’aide de l’adulte, il évalue lui-même ses capacités. » Pour ce conseiller pédagogique, la même attitude peut être adoptée lors des baignades loisirs en famille, avec les enfants de 7 ans et plus. « En arrivant sur le lieu de baignade, rendez les enfants acteurs, en les invitant à faire leur propre analyse de la situation : est-ce que j’ai pied ? est-ce qu’il y a un adulte qui me surveille ? est-ce qu’il y a du courant ? suis-je capable de revenir seul au bord ? Puis décidez avec eux du comportement et des règles à adopter. »

L’ « auto-rescue »

Olivier Chazot navigue depuis 25 ans dans l’univers du sauvetage. Il a exercé comme maître-nageur, a été membre de la SNSM en Aquitaine et membre de l’équipe de France de Sauvetage Sportif. Une chose le surprend : « En France, la noyade est la cause d’accident n°1 chez les enfants et pour autant on ne propose pas de solution adaptée. Certes, on leur apprend très bien à nager, mais on ne les sensibilise jamais à la noyade. » Ce constat l’a amené à fonder il y a un an le premier réseau national de cours de natation qui forme à l’auto-rescue en France, « Swim Stars ». L’auto-rescue est une technique qui permet à l’enfant d’éviter la noyade en lui apprenant à puiser en lui-même les ressources nécessaires à sa survie. Comment ça se passe ? En général quand un enfant tombe, il coule mais ne se débat pas. Quand il remonte à la surface, il se retrouve sur le ventre. Tête dans l’eau. C’est là qu’est le plus gros danger. Deux options : « Si l’enfant sait un peu se débrouiller dans l’eau, on lui apprend d’abord à réagir : tenter de respirer, ne pas paniquer, s’accrocher au bord ou tenter s’en rapprocher par tous les moyens, quitte à faire “le petit chien” sur quelques mètres. »
En revanche, si l’enfant ne pas sait pas nager, « le premier réflexe à lui faire acquérir, c’est de se retourner. » Apprendre à passer sur le dos. Pour retrouver l’air, se stabiliser, flotter. Pour enfin être en mesure d’appeler, se déplacer, voire rejoindre le bord.

Cette technique peut s’apprendre dès 3 ans, « âge où l’enfant devient moteur physiquement donc dangereux, parce qu’il peut échapper en quelques secondes à la vigilance des adultes. » L’apprentissage se consolide ensuite vers 5 ans en travaillant autour de l’équilibre, la respiration, du déplacement et de l’autonomie, avec l’apprentissage des premières nages. Objectif ? D’après Olivier Chazot, aux USA, le recours à ces techniques a permis de réduire de 88% le taux de noyade. C’est d’ailleurs d’outre-Atlantique ou d’Australie que proviennent les vidéos stupéfiantes de bébés de quelques mois qui se retournent dans l’eau et flottent. Ils ont été initiés à l’Infant Swimming Rescue (ISR), une pratique d’autorescue quasiment inexistante en France, tant elle semble radicale. Notons toutefois qu’en Suisse, des expérimentations ont été faites dans les années 70.

Le test « en conditions réelles »

Aux Pays-Bas, l’eau couvre plus de 18% du territoire. En 1953, un raz-de-marée avait fait des milliers de victimes. Aujourd’hui, l’accident le plus courant demeure la chute dans un canal, été comme hiver. Les autorités ont donc rendu obligatoire l’obtention d’un diplôme de natation. Il est d’ailleurs exigé pour la pratique de la plupart des autres activités sportives. Pas question d’y couper. L’apprentissage se fait le plus tôt possible en suivant un programme national — le Zwem ABC — qui met l’accent sur la sécurité. Objectif : maîtriser la nage et savoir affronter toutes les situations, y compris la chute dans un canal. Pour s’y préparer, rien de tel que simuler la scène. Les enfants sautent dans le bassin en pantalon, tee-shirt et baskets. Ils s’entraînent à flotter, grimper, agiter les bras, plonger les yeux ouverts, nager sous l’eau… malgré l’encombrement des habits. Ludique et rigoureux, le programme ABC compte trois degrés de difficultés : de plus en plus vêtu (jusqu’à nager en bottes et manteau), de plus en plus d’obstacles et même un peu de secourisme. En 40 ans, le système a fait ses preuves. Aujourd’hui, c’est une telle institution que le jour des épreuves, la piscine est en fête et les familles se pressent pour y assister.

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