Quand j’étais jeune maman de trois enfants, notre maison était en construction. Une maison “faite maison” par mon mari maçon, petit à petit. Pendant deux ans et demi, nous avons vécu à cinq dans 35 mètres carrés avant de gagner une pièce, puis une autre… Je me souviens du bruit du pisoir hydraulique qui damait les murs pendant que je donnais la tétée à notre dernier nouveau-né, de notre jardin de boue et de cailloux, et surtout, de ce sentiment d’enfermement, de ce bébé qui pleurait sans cesse et ne dormait jamais, et de ses grandes sœurs qui s’excitaient sur les lits superposés jusqu’à ce que l’une d’elle tombe sur la tête et qu’on appelle les pompiers. Une période noire dans ma vie de mère. Je suis devenue violente par mes mots et, parfois, par mes gestes. Ma fille aînée se rappelle encore le jour où je l’ai mise dehors en pyjama, dans le froid, pour m’en éloigner tant elle m’a fait sortir de mes gonds. Le confinement, ça rend fou !

A l’annonce de l’obligation de confinement actuelle, j’ai d’abord considéré l’aspect positif : super, me suis-je dit, les familles (dont la mienne) vont enfin prendre du temps ensemble pour se redécouvrir, faire des jeux de société, se remettre à la musique ou à la peinture… Facile, depuis ma maison désormais très vaste, entourée d’un jardin en fleurs, d’où j’entends les oiseaux chanter et où vivent encore deux de mes grandes filles, quasi-autonomes. Et puis, les souvenirs de nos débuts me sont revenus. Je pense à ceux qui habitent dans des espaces réduits, dans des petits appartements en ville sans balcon, ou, pire, dans des chambres d’hôtel, des foyers d’hébergement d’urgence ou pour demandeurs d’asile. Je pense aux parents, solos ou pas, avec des enfants en bas âge qui ont besoin de bouger tout le temps ! Je pense aux enfants victimes de maltraitance… Je pense à mon amie Regina qui vit dans la rue et dont les quatre enfants viennent d’être placés en foyer. Je pense aux familles qui ont de l’espace mais qui ne s’entendent pas. Pour certaines fratries, pour certains couples, le confinement sera vecteur de violence.

Alors, qu’apportons-nous avec notre magazine qui promet d’aider à “mieux comprendre son enfant” ? Un peu d’air, du recul, de la bienveillance envers ses enfants, mais aussi, envers vous, les parents. De l’empathie. Des témoignages pour vous dire que vous n’êtes pas seuls à vous poser telle ou telle question ou à réagir comme ci ou comme ça. Des ressources pour savoir agir avec intelligence. De l’inspiration pour, pourquoi pas, créer des mouvements solidaires d’entraide face au confinement.

Les prochaines semaines risquent d’être compliquées. Nous vous souhaitons du courage et surtout, restons en contact !