Il faudra, c’est sûr, changer de braquet. Déjà s’éloigne la douce pente de l’été et ses « kilomètres de vie en rose ». S’éloigne le temps sans horloge, le temps du présent, l’air sauvage de l’océan, les petits plats préparés sans y penser, les livres qui vous avalent tout entier, leur rire loin là- bas dans le camping, leur petite tribu et vos soirées de roi. Déjà, l’insouciance vacancière se transforme en souvenir, la nostalgie du temps qui fut. Oui, il faudra, c’est sûr, remettre les cale-pieds. Reprendre la clique des litanies dressées en étendards : « T’es sûr, tu n’as rien oublié ? », « Allez, dépêche- toi, on est en retard ». Biffer en fluo les plannings, rassurer, composer, agencer. Se mettre en ordre de marche, ne pas dérailler, dans le peloton rester serrés et gérer la petite intendance comme un général en guerre froide. Oui, tout ce fatras de la rentrée, faudra bien le porter, normal. Et si cette fois, si cette année, riche du temps vaqué, c’était différent ? Et si je gardais la belle énergie des vacances, sa joie contagieuse, son insouciance débordante ? Et si, cette année, j’empêchais ma paire d’ados de briser mes enthousiasmes, mes élans amoureux, ma douceur et ma légèreté ? Si je leur livrais en pâture, plus que de raison et pour qu’ils vibrent aussi, ma soif d’inattendu, mon goût du ciel et mon désir de risquer à chaque instant, la vie ? Oui, et si cette année, je parvenais enfin à mettre à notre vélo des ailes ?

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