Il est sept heures à peine. Hâte d’une heure toujours trop courte pour se préparer. Chacun sa torpeur, chacun ses chagrins, chacun qui se remet debout. Direction : verticalité. Et puis moi, comme ça, dans la voiture, une tentative d’échange un peu forcée, une demande badine sur la leçon d’histoire, et me voilà sommé, assommé, d’un : « riennnnn ! ». Je lance alors une salve adverse, assénant à mon fils, tout à trac et pas dans l’ordre : le langage qui nous fait homme, la barbarie de ceux qui aboient, ce respect que l’on doit à tout un chacun… Démagogie virulente, sans états d’âme du petit matin. Mais peut-être est-ce précisément là que tout se joue pour nous, les pères. Dans notre réponse à leurs « rien ! », à leurs « pfff ! », à leurs « lâche-moi ! ». Peut-être gagneraient-ils à entendre plus distinctement que la vie n’est pas sans contrainte, que la satisfaction n’est belle que vivifiante, qu’elle se gangrène à être toute puissante, que tout ne peut pas se dire, que la liberté a des limites pour que l’on puisse vivre ensemble… humainement. Parce que l’air du temps veut que nous soyons « cool » et « sympa », parce que nous aimons tant les câliner, les bercer, les choyer, parce que s’opposer à eux, c’est risquer distance et éloignement, nous avons peut-être trop souvent renoncé à nous opposer à eux. Je crois pourtant que nos enfants ont besoin de pères qui n’ont pas peur de l’être, qui savent ne pas les laisser s’abîmer et qui brandissent quand il faut des sentences vertueuses, directes et franches. Oui, je crois plus que jamais que nous pouvons, nous les pères, ne pas être des ventres mous.

 

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