Il était temps de partir. Un peu plus loin qu’à l’ordinaire. Filer sans savoir où, façon road movie père-fils. Une Twingo, une tente et des envies d’océan. Il a 13 ans, Martin, et il est fermé souvent, un peu sombre, préoccupé. Pas vrai­ment enchanté d’y aller, c’est sûr. Et avec moi, for­cément, « ça craint ». En face à face, pas moyen de se planquer. Lourd silence au départ. Air de défiance. Nos pas, pas accordés. Chacun dans ses pensées. Les miennes sont légères mais ne pas le rejoindre me peine. Au fil des jours pourtant, quelque chose a lieu. Les vagues de Lacanau, la soupe sur le réchaud, la Dune du Pi­lat et le camping sauvage. La panne d’essence, les vélos et le jerrican, les baignades loin en mer, les boutiques et le confort des draps. La vie nous pousse et je découvre. Je découvre que je ne connaissais pas vraiment mon fils. Et lui, de même. On est différents, c’est sûr, mais peut-être pas tant que ça. J’aime accoster les gens, faire des pas chassés sur le pavé et par­tir à l’aventure. Il aime le calme, a besoin d’être rassuré mais aimerait bien un jour se remettre à danser. On se raconte des bouts de nous. On apprend à s’accueillir. Six jours (mais rien qu’à deux, six jours, c’est immense), six jours pour devenir l’un à l’autre un peu plus présent, un peu plus attentif. À la frontière espagnole, dans le même élan, on comprend qu’il est maintenant possible de rentrer.

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