Aujourd’hui, c’est dimanche. C’est la fin de matinée. Mes deux enfants, devenus adolescents, dorment encore. J’aime depuis peu ce moment là. Le silence de la maison, le feu dans la cheminée, l’attente un peu crispée de leur réveil, la table du petit déjeuner patiemment dressée par celle qui partage notre vie. Je feuillette distraitement quelques revues, note négligemment une ou deux pensées sur des papiers abandonnées. Je regarde le jardin, l’hiver s’est installé, les hortensias aux fleurs d’apparat se nécrosent, doucement. Au réveil des enfants, la vie bruyante reprendra place et je serai à nouveau ce que je suis pour eux : un père. Un père en lisière de chemin, un père émerveillé de l’être et bousculé parfois, et par leur énergie, et par leurs désillusions. Un père qui défend à grands cris combien, sans affection, on devient fou, et sans reconnaissance, on n’existe pas. Un père qui porte en lui sa vocation de père mais qui ose leur avouer par trop souvent ses faiblesses et ses doutes (tentant avec force de ne pas s’y complaire). Au réveil des enfants, il me faudra incarner cette promesse-là : être celui qui inspire confiance, être celui qui sait donner sa parole sans la reprendre, être celui qui peut être tout à la fois et tendre et viril et doux et ferme et drôle et pathétique. Au réveil de mes enfants, et dans leurs yeux, je serai ce père-là, kaléidoscope et chimère, ce père du premier jour à la maternité, ce père d’aujourd’hui et de demain, ce père qui leur lancera pour ne pas changer en ce jour d’hiver et tout de go : “Vous avez bien dormi ? Vous prendrez du lait ? Vous voulez que je m’en occupe ? Je m’occupe. Je vous aime.”