Long week-end oblige, tout se présentait bien : repos tendresse, répit bien mérité, relâche, forcément. Mais c’était sans compter le croc en jambe, le truc qu’on a un peu oublié de vous dire ou que vous n’avez pas voulu entendre : l’école organise un stage de trois jours pour les familles. Construisez ensemble votre jardin en céramique. Ma bien-aimée a proposé l’expérience au papa de Bellaime, 10 ans. Et comme il habite loin, il dormira à la maison. Mon petit monde utopie s’effondre. Je ne me plie pas de bon gré, me cabre et fais grise mine, n’imaginant pas être laissé seul, abandonné. Je suis jaloux : constat amer du second sur la ligne d’arrivée. Mon week-end n’a plus d’allure, mon costume de beau-père tolérant traîne au sol.

Il arrive. Bellaime court le rejoindre et l’accompagne jusque chez nous. Sourire écorné, barbe hirsute, poignée de mains tendres, épaules rentrées. Je suis touché. On se couche tôt, c’est mieux, on se dit peu puisqu’il est tard…

Au matin, riche de la présence de ma belle, porté par une brise fraîche, en moi quelque chose a changé. Le choc absorbé, je lâche, j’abandonne, mets ma fierté et mes aspirations au vestiaire. Peu à peu, je retrouve ma place. Trois jours s’écoulent et je survis. Chaque jour, à leur retour, je les écoute me raconter ce qu’ils ont vécu ensemble. Leur construction commune, leurs difficultés et leurs tentatives. C’est beau. Chaque jour, on se raconte des bouts de nos vies. On se cause du travail, on se cause de nos rêves, on se cause des choses qu’on ne réussit pas toujours très bien. Avant d’aller se coucher, Bellaime et son papa lisent, l’un contre l’autre sur le canapé. Je les regarde et les sais heureux, réalisant une fois encore que la vie est un travail délicat, un métier à apprendre.

 

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Cet article fait partie du numéro 189 (→ Acheter)