Ils sont loin, les étés château de sable et cabanes au fond du jardin, pitreries tuyau de poêle pour fous rires garantis, bien loin. Mes enfants ont 15 ans à présent et ils rêvent d’Amérique. Cette année, c’est Barcelone qui sera notre Californie. Il y a la machine à café sortie pour l’occasion, le thermos pour la route, les tartines beurrées, les oreillers, et les kilomètres qu’on avale comme ça sans y penser. Il y a les visages ensommeillés, les informations de neuf heures, une carte dépliée, des Fronsac et des Haut-Marbuzet, le ciel bleu qui s’installe. Il y a notre arrivée, Barça nous voilà. Sagradà Familia, parc Güell, quartier de la Rosa, et mer chaude pour se jeter dedans. On avait imaginé, c’est sûr, leur joie plus vive, les yeux qui brillent et les envies à foison. En vrai, sont plutôt gênés aux entournures, un peu hagards, bras ballants, pas tentés, pas trop sympas. On tente alors l’esquive, les blagues pas drôles, l’air sur le balcon, les sorties shopping, les interrogations douces et fermes. A force de grises mines, nos nerfs en pelote et l’enchantement entamé, on est un peu cabossé de partout. Plus tard, de retour à la maison, je reprends le fil des réseaux et découvre leurs partages sur la toile du temps : des photos d’instants ensoleillés, un plat de pâtes « les meilleures jamais mangées », des lieux visités « vraiment trop super ». Je n’y avais pas pensé. Parfois le bonheur, à l’adolescence, ça ne se montre pas toujours ou pas tout de suite ou pas de trop ou pas à nous. Leur bonheur comme un lieu d’intimité, comme un éprouvé dans une coquille de noix, un trésor qu’ils ont besoin de garder, pour eux, au chaud simplement. A nous peut-être alors de ne pas en être froissés.

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