« Vous aimez L’Enfant et la vie. Ou il vous laisse indifférent et votre abonnement sera sans suite. C’est juste, normal, et nous perdons tous les ans des abonnements pour cette raison. À tous, mordus et moins mordus, je voudrais rappeler une grande loi de l’éducation, rarement trouvée dans les manuels : « Les enfants, foutez-leur la paix ». Cela ne signifie pas qu’il faudrait les abandonner, ou « les laisser faire tout ce qui leur plaît » (comme le dit le vers suivant dans la chanson de Pierre Perret). Cela signifie pour moi que nous devrions essayer d’intervenir le moins possible dans ce qui concerne leur vie privée, à n’importe quel âge qu’ils soient.  

Un petit exercice : chaque fois que je suis tenté(e) de donner mon avis, un meilleur “mode d’emploi”, mon expérience (qui, c’est bien connu, ne peut guère servir qu’à moi-même), une suggestion, un conseil, une défense, me poser la question : est-ce vraiment nécessaire ? En quoi cela va-t-il lui rendre service ?  

Étant bien entendu que je suis là pour assurer le recours et la sécurité, le minimum de protection, l’écoute et l’aide souhaitées, et que je veille aussi à sauvegarder et à faire respecter ma vie et mes besoins légitimes, condition de mon aptitude à la disponibilité.  

Avec l’âge qui avance, je suis frappée de constater le nombre de jeunes adultes non encore libérés de l’emprise de leurs parents, et le nombre de ces parents qui s’en plaignent. Et je répète que cela commence au premier jour de la vie, et même avant.  

Notre intervention (si tout était parfait) ne devrait consister qu’à : 

  • Procurer aux enfants “l’ambiance” (environnement, atmosphère et possibilités d’agir) qui convient à chaque âge de leur vie ; 
  • Vivre avec eux et devant eux la vie qui correspond à nos valeurs.  

Ces conditions sont suffisantes et exigeantes. La récompense vient, soit tout de suite, soit un peu plus tard : ce sont des générations d’hommes et de femmes bien construits, heureux, autonomes, responsables, créatifs, capables de générer l’humanité et sa petite planète en danger. » 

Ce texte n’est pas de nous. Il date de 1990. Il s’agit d’un éditorial de Jeannette Toulemonde, la fondatrice de L’Enfant et la vie, paru dans le n°83. Il n’a pas pris une ride et nous nous sommes permises de le reproduire pour souligner à quel point ce magazine a été précurseur dans une nouvelle façon de considérer l’enfant. En 31 ans, la société a évolué. Mais pas suffisamment. C’est la raison pour laquelle il faut continuer de soutenir parents et éducateurs, en essayant ensemble de « comprendre l’enfant pour mieux l’accompagner. »  


Cet article fait partie du numéro 200 (→ Acheter)
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