Encore un matin. Les fenêtres de la maison sont fermées. La campagne, grise aux alentours. J’écris du dedans. Le printemps ne dit pas son nom, je vais devoir ramasser les feuilles mortes. Il y a des jours comme ça. Des jours où l’on se sent lessivé, fatigué, assiégé par mille tracas, le cœur à la peine, tellement lourd. C’est que des fois, la vie, ça pèse. Ce matin, le café est amer, je me sens patraque. Les enfants se lèvent, me pressent, pas envie de parler, pas besoin, de toute façon faut faire vite. Les mener au collège, rouler une demi-heure. Les essuie-glaces n’essuient plus rien, l’eau dégouline. La voiture valdingue dans une ornière. Je jure, je m’en prends au mauvais temps, et au reste.Ma fille sort de son silence, me regarde sévère et me lâche d’un air grave : “Bon, ça va là, papa, c’est quand même que de la pluie ! Et puis tout ne va pas si mal, avoue !” Il est huit heures. Je les laisse rejoindre leur vie. Je reprends la route dans l’autre sens. La sentence de ma fille infuse doucement en moi. Ma peine peu à peu se dissout. Son pragmatisme est une invitation d’enfant. Prendre la vie comme elle vient, vivre avec légèreté, se remettre debout même si les genoux saignent, et courir encore.