Il y a des jours comme  ça, où l’on travaille en automatique, l’esprit ailleurs, accablé par l’actualité, par l’inquiétude, par le désarroi : où va-t-on, où va notre pays, si l’on y assassine maintenant les profs de nos enfants ? Dans quel monde vont-ils grandir ? On est là, dans son bureau, pas vraiment à ce qu’on fait. Mais il faut pourtant préparer le prochain numéro.

Alors on se choisit une tâche qui nécessite moins de concentration : ouvrir les paquets des éditeurs, trier les livres arrivés en service de presse. Une pile pour ceux qui ne correspondent pas du tout à notre ligne éditoriale, une pile “à étudier”, une pile “retenus”. On feuillette, on touche, on soupèse, on lit les quatrièmes de couv’, on s’agace parfois. Et puis on se surprend, assis à même le sol, les larmes aux yeux, à refermer un bref album. 32 pages seulement, quelques lignes, quelques traits par double page, et l’émotion.

“Je me souviens d’un pays qui a laissé entrer ma grand-mère et mon grand-père. Il ne les a pas accueillis à bras ouverts, mais il a ouvert sa porte.”

À travers l’histoire de sa famille, arrivée en France il y a un siècle, Gilles Rapaport nous parle de ces femmes, hommes, anonymes, policiers, fonctionnaires, enseignants, voisins, qui, sans le savoir, lui ont aussi permis d’être là. Cet album, en apparence tout simple, sonne comme un contre-point à cette désespérante actualité. Il trace un portrait de la face de notre pays que l’on aime. Celle qui fait sa grandeur, celle qui fait qu’on s’y attache, celle à laquelle on croit et pour laquelle on a envie de se lever, celle qui nous offre liberté, fraternité, laïcité. Alors, cet album-là, on a voulu vous en parler tout de suite, sans attendre nos prochaines pages “Lu, vu, écouté”.

Gilles Rapaport,
Je me souviens,
Gallimard Jeunesse, 13,50€.
Dès 7 ans, mais surtout pour tous.